Ce groupe armé est celui des Mons, un petit peuple du sud de la Birmanie qui, il y a des lustres, fonda un puissant royaume. Dispersés dans les régions méridionales du Myanmar - nom officiel de la Birmanie -, ils sont encore trois millions. Si guère plus d'un million d'entre eux parlent encore la langue de leurs ancêtres, les Mons refusent obstinément leur assimilation aux "Bamars" (Birmans), l'ethnie majoritaire au pouvoir, qui a donné son nom au pays.

Nay Han Hta, le "secrétaire général" de la guérilla, explique à ses hommes qu'en dépit du cessez-le-feu signé avec le gouvernement birman en janvier 2012, rien n'est réglé. "Nous ne sommes pas satisfaits du dialogue politique engagé avec le pouvoir". Si les Birmans ne font pas de compromis, menace-t-il, "il nous faudra reconsidérer le cessez-le-feu". Nay Han Hta égrène les doléances de la guérilla, dont celle contre le refus du gouvernement birman de constituer une fédération, dans laquelle les ethnies minoritaires auraient davantage d'autonomie. "Nous les Mons, nous possédons notre propre identité. Nous ne sommes pas des Chinois, nous ne sommes pas des Birmans, nous sommes des Mons !", scande le chef. "Dans les écoles de Birmanie, nos frères doivent apprendre le birman et ne peuvent pas apprendre le mon.

Comme le confie plus tard Og Von, un étudiant de 25 ans, "nous sommes pauvres, nous sommes faibles, mais nous sommes ce que nous sommes : différents !".

En ces temps où le gouvernement birman, issu de l'ancienne junte militaire, a conclu une série de fragiles "paix des braves" avec la plupart des groupes armés, la résistance des Mons illustre la difficulté d'en finir avec plus de six décennies de guerres civiles. Et si l'on en juge par l'intransigeance d'un pouvoir birman pour lequel "autonomie" est synonyme de "sécession", le rêve d'une liberté retrouvée risque de rester longtemps encore, pour les Mons, un fantasme collectif.

2013.01.03 Le Monde - le-combat-des-mons